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Géopolitique de Paris
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Colloque 25.03.2026

ESCALADE STRATÉGIQUE AU MOYEN-ORIENT

Suivi d’une projection-débat « Chapitre VII. La Palestine à côté demain » En partenariat avec l’Association d’Amitié France-Syrie, l’Académie de Géopolitique de Paris a organisé vendredi 20 mars 2026 de 14h à 17h dans...

Suivi d’une projection-débat

« Chapitre VII. La Palestine à côté demain »

En partenariat avec l’Association d’Amitié France-Syrie, l’Académie de Géopolitique de Paris a organisé vendredi 20 mars 2026 de 14h à 17h dans ses locaux une projection-débat consacrée au court-métrage « Chapitre VII. La Palestine à côté, demain », réalisé par Bernard Cornut, polytechnicien, géopoliticien et membre du Conseil d’administration de l’Association d’Amitié France-Syrie. La projection a été précédée d’un débat sur l’ « Escalade stratégique au Moyen-Orient ».

PRÉSENTATION

Le film de Bernard Cornut propose une réflexion approfondie sur les perspectives de règlement du conflit israélo-palestinien à travers l’adoption d’une résolution contraignante du Conseil de Sécurité de l’ONU, en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies (1945), susceptible d’imposer un cadre international pour la mise en œuvre d’une solution politique durable. Cette approche soulève des questions fondamentales relatives au rôle du droit international dans la résolution des conflits, aux limites du mécanisme de véto au Conseil de Sécurité, ainsi qu’aux perspectives d’une solution politique fondée sur la coexistence de deux États.

L’Académie de Géopolitique de Paris a invité dans ce cadre les chercheurs, juristes, diplomates, politologues et autres spécialistes du Moyen-Orient à prendre part à cette rencontre afin de contribuer à la discussion sur les dimensions juridiques, diplomatiques et géopolitiques de la question palestinienne. Ont notamment participé à ce débat en tant qu’intervenants :

S.E. Michel RAIMBAUD, ancien ambassadeur de France

Jacques CHEMINADE, président du mouvement Solidarité et Progrès

Colonel Alain CORVEZ, conseiller en stratégie internationale

Majed NEHMÉ, chercheur et journaliste franco-syrien

Dr. Ali RASTBEEN, président de l’Académie de Géopolitique de Paris

Les intervenants ont analysé les évolutions stratégiques de la question palestinienne, les dynamiques géopolitiques au Moyen-Orient, les tensions régionales impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran, ainsi que les enjeux du droit international dans la gestion des conflits contemporains.

ESCALADE STRATÉGIQUE AU MOYEN-ORIENT

Dr. Ali RASTBEEN, Président de l’Académie de Géopolitique de Paris, « Escalade stratégique au Moyen-Orient : rivalités entre les États-Unis, Israël et l’Iran, et enjeux humanitaires internationaux »

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’ordre international s’est construit autour des principes fondamentaux consacrés par la Charte des Nations unies, au premier rang desquels figurent la souveraineté des États, l’interdiction du recours à la force et la résolution pacifique des différends. Ces principes ont constitué le socle du droit international contemporain et ont longtemps servi de référence à une stabilité relative du système mondial.

Toutefois, l’évolution récente des crises internationales met en évidence une contradiction structurelle : si le droit international continue d’être invoqué dans les discours diplomatiques, il est simultanément contourné lorsque les intérêts stratégiques des grandes puissances sont en jeu. Cette tension entre normativité juridique et réalités de puissance constitue l’un des traits majeurs de la gouvernance internationale contemporaine.

Le Moyen-Orient apparaît aujourd’hui comme l’espace où cette contradiction se manifeste avec le plus d’intensité. Depuis plus de deux décennies, la région est marquée par une succession d’interventions militaires, de conflits indirects et de rivalités stratégiques impliquant à la fois des puissances internationales et des acteurs régionaux.

L’invasion de l’Irak en 2003 par une coalition dirigée par les États-Unis a constitué un tournant structurant. Contestée sur le plan juridique, cette intervention a profondément déstabilisé les équilibres régionaux et accéléré les dynamiques de fragmentation politique.

La guerre en Syrie, déclenchée en 2011, a ensuite transformé la région en un théâtre d’affrontements indirects entre grandes puissances, notamment les États-Unis, la Russie, la Turquie et l’Iran. Ce conflit prolongé a contribué à installer une instabilité structurelle durable, caractérisée par l’imbrication de rivalités géopolitiques, de crises humanitaires massives, de tensions énergétiques et de recompositions stratégiques profondes.

Dans ce contexte déjà fragile, la question palestinienne demeure un élément central et structurant des tensions régionales et internationales. Depuis 1948, elle incarne à la fois un conflit historique non résolu et un symbole des limites de la gouvernance internationale.

Les cycles récurrents de violence, la situation humanitaire critique dans la bande de Gaza et l’absence de solution politique durable illustrent l’impasse actuelle. Malgré les résolutions des Nations unies affirmant le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, le processus politique reste profondément bloqué.

À cette configuration s’ajoute désormais une dimension stratégique nouvelle : la confrontation directe entre les États-Unis, Israël et l’Iran.

Cette évolution constitue l’un des développements géopolitiques les plus préoccupants du début du XXIᵉ siècle. Elle oppose deux puissances militaires majeures , les États-Unis et Israël , à l’Iran, acteur central de l’équilibre stratégique régional, doté d’un réseau d’alliances influent et d’une capacité de projection indirecte significative.

Les tensions entre ces acteurs se sont intensifiées autour de plusieurs facteurs structurants : le programme nucléaire iranien, la rivalité stratégique entre Israël et l’Iran, ainsi que les confrontations indirectes dans plusieurs théâtres régionaux. Les frappes ciblées, les attaques de drones et de missiles, ainsi que les opérations asymétriques ont contribué à accroître le risque d’un basculement vers un conflit ouvert.

Cette confrontation dépasse largement le cadre bilatéral et affecte l’ensemble du Moyen-Orient. Elle comporte un risque élevé d’escalade régionale impliquant des acteurs indirects, notamment les alliés de l’Iran au Liban, en Irak ou au Yémen. Elle fragilise également la sécurité maritime dans le détroit d’Ormuz, corridor stratégique majeur pour le commerce mondial de l’énergie. Le détroit d’Ormuz constitue en effet un point nodal du système énergétique international : près d’un cinquième des flux mondiaux de pétrole y transitent. Toute perturbation significative de cette voie maritime entraînerait des conséquences économiques globales majeures, notamment une hausse des prix de l’énergie et une instabilité accrue des marchés internationaux.

Au-delà des considérations stratégiques, cette crise comporte une dimension humaine essentielle. Les populations civiles demeurent les premières victimes des conflits armés. Dans ce contexte, la protection des civils et le maintien des canaux d’assistance humanitaire doivent constituer une priorité absolue.

La solidarité internationale revêt ici une importance déterminante. La France, fidèle à sa tradition humanitaire et à son engagement en faveur des droits de l’homme, accorde une attention particulière à l’assistance aux populations civiles affectées par les crises internationales. Son action repose sur des principes fondamentaux : neutralité, impartialité et humanité.

Dans le contexte actuel, la France est en mesure de jouer un rôle significatif dans l’assistance humanitaire aux populations affectées, y compris en direction des peuples iranien et libanais. Il convient de rappeler que les crises géopolitiques ne doivent en aucun cas conduire à l’isolement des populations civiles. Les peuples ne sauraient être les victimes collatérales des rivalités stratégiques entre États.

Les sociétés iranienne et libanaise, riches d’une histoire et d’un patrimoine culturel majeurs, ont apporté des contributions essentielles à la civilisation mondiale. Dans les périodes de tension, il est indispensable de préserver les liens humains, culturels et scientifiques. L’aide humanitaire, la coopération académique et les échanges culturels constituent des instruments essentiels de maintien du dialogue entre les sociétés.

En tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, la France dispose d’une responsabilité particulière dans la promotion du multilatéralisme, du droit international et de la paix. Sa tradition diplomatique repose sur un équilibre entre réalisme stratégique et attachement aux principes juridiques.

Dans ce contexte de crise, son rôle peut s’articuler autour de plusieurs axes : le soutien aux initiatives de cessez-le-feu, la relance des processus de négociation et le renforcement de l’assistance humanitaire aux populations affectées.

Il convient de rappeler avec clarté que la guerre ne constitue jamais une solution durable. Son déclenchement dans un contexte où des voies diplomatiques demeurent ouvertes constitue une remise en cause des principes fondamentaux du droit international, notamment ceux relatifs à la souveraineté et à l’intégrité territoriale des États.

Face à cette situation, la priorité de la communauté internationale doit être la désescalade. L’instauration d’un cessez-le-feu et la reprise du dialogue constituent des impératifs stratégiques pour prévenir une extension incontrôlée du conflit.

Dans un système international en transition vers la multipolarité, marqué par une intensification de la compétition stratégique, la reconstruction d’un ordre fondé sur le droit, la coopération et la diplomatie représente un défi majeur. La France et l’Europe portent, à cet égard, une responsabilité particulière : contribuer à la stabilisation du système international et promouvoir une vision fondée sur la coopération plutôt que sur la confrontation.

Dans cette perspective, l’aide humanitaire destinée aux populations civiles, y compris aux peuples iranien et libanais, constitue non seulement une exigence morale, mais également un instrument stratégique de diplomatie humanitaire, permettant de maintenir des canaux de communication et de préserver les liens entre les nations.

En conclusion, il convient d’exprimer une solidarité claire à l’égard des peuples iranien, libanais et palestinien, ainsi qu’envers l’ensemble des populations civiles affectées par un conflit largement perçu comme injustifié et dépourvu de fondement légitime.

Cette situation soulève de sérieuses interrogations au regard du droit international. Elle semble contrevenir aux principes fondamentaux de la Charte des Nations unies, en particulier à l’interdiction du recours à la force en dehors des cas strictement encadrés. Elle interroge également le respect du droit international humanitaire, notamment en matière de protection des populations civiles.

Les développements récents posent en outre la question du respect des engagements internationaux en matière de non-prolifération nucléaire, ainsi que des obligations relevant des cadres normatifs de l’Agence internationale de l’énergie atomique, dont la mission est de garantir la transparence et la sécurité des activités nucléaires.

Au-delà de ces éléments, cette guerre fragilise les fondements mêmes de la paix et de la sécurité internationales. Elle affaiblit les mécanismes de régulation collective et accentue les dynamiques d’instabilité, tant à l’échelle régionale que systémique.

Jacques CHEMINADE, Président du mouvement Solidarité et Progrès, « Une architecture de sécurité et de développement mutuels pour la paix »

Nous sommes en guerre. Après y avoir été préparés par le narratif anglo-américain, nous voici plongés dans la guerre. Benjamin Netanyahou et Donald Trump y entraînent le monde entier, jusqu’à appeler à la guerre au nom de la paix ! Tout a commencé par le refus de reconnaître l’État palestinien par les puissances occidentales et surtout de tolérer que Gaza soit une prison à ciel ouvert, devenue maintenant un charnier, et que la Cisjordanie soit la proie de colons criminels. Car lorsque le sang coule et que l’inadmissible est promu, il se crée un enchaînement d’alliances qui mène à la même situation que celle qui a entraîné les deux guerres mondiales du XXe siècle. L’agression israélienne et étatsunienne contre l’Iran est la conséquence, hélas logique, d’un état d’esprit auquel nos gouvernements se sont complus ou laissés entraîner.

Les gouvernements Trump et Netanyahou ont ainsi trahi le droit des hommes, le droit international, les idéaux de leurs propres religions et, aux États-Unis, la lettre et l’esprit de leur Constitution, en menant une guerre sans consulter le Congrès. Le résultat, par-delà les horreurs de la guerre actuelle, est que se trouvent face à face quatre grandes puissances nucléaires, les États-Unis et Israël d’un côté, la Chine et la Russie de l’autre, qui ont conclu des accords de protection mutuelle avec l’Iran. C’est cet affrontement direct que l’on a cherché à éviter pendant tout le XXe siècle et qui, lors de la crise des missiles de Cuba, a créé les conditions d’une guerre nucléaire, alors heureusement évitée par la sagesse des principaux responsables russes et américains, et l’intercession du pape Jean XXIII. Aujourd’hui, il est vital que la même sagesse prévale, sans quoi l’embrasement généralisé du Moyen-Orient réunirait les conditions d’un embrasement du monde. L’on commence déjà à voir apparaître des discussions, au niveau d’experts militaires et géopolitiques, sur l’opportunité d’avoir recours à des armes nucléaires tactiques sur le champ de bataille, ce qu’heureusement Emmanuel Macron a exclu en ce qui concerne la France.

La réalité est que deux pays qui disposent de l’arme nucléaire, les États-Unis et Israël, agressent un pays qui n’en dispose pas et s’est engagé à ne pas y parvenir. La réalité est que le gouvernement américain s’en prend, à travers l’Iran, qui en est membre, aux efforts des BRICS et de leurs associés de la majorité mondiale, visant à substituer à l’empire financier du dollar une nouvelle architecture de développement mutuel. Il retourne ainsi la situation : c’est le régime iranien qui est accusé d’être l’agresseur alors qu’il se trouve sous les bombes ! De même que les organisations palestiniennes ont été accusées d’être les agresseurs de l’État israélien, qui a historiquement, depuis sa fondation, pris le contrôle de leurs terres par la violence et le crime.

Aujourd’hui, pour se défendre, les responsables iraniens ont bloqué le détroit d’Ormuz. Voie maritime stratégique par où transite plus d’un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux. Le détroit ne mesure que 54 kilomètres de large et les deux couloirs de navigation empruntés par les pétroliers sont encore plus étroits, d’environ 3,7 kilomètres chacun. Or par-delà les frappes avec des missiles ou des drones, l’Iran dispose d’un stock de milliers de mines, y compris de mines dérivantes, qu’il pourrait tenter d’utiliser pour bloquer encore davantage le détroit. Enfin, la destruction des câbles sous-marins, qui provoquerait l’interruption des communications touchant directement les marchés financiers, reste une autre option. L’on comprend ainsi que les assureurs aient suspendu leurs garanties pour les navires, pétroliers, gaziers ou autres qui tenteraient de passer par le détroit, et que Donald Trump ne trouve aucun « partenaire » pour l’aider à débloquer militairement le Golfe. Reste l’enchaînement très dangereux de frappes de champs gaziers ou pétroliers, comme celle entamée par l’armée israélienne du champ gazier iranien de South Pars, dont Donald Trump aurait été informé, suivant le Wall Street Journal. Les Iraniens ont répliqué le 18 mars en frappant à leur tour pour la deuxième fois le complexe de Ras Laffan, au Qatar, y causant des dégâts considérables.

Il est donc clair que l’Iran ne se rendra pas, contrairement aux rodomontades de Donald Trump. Le plus inquiétant est la dérive militaro-messianique de Trump et de son entourage. Un tigre blessé devient mangeur d’hommes, comme le disait Kipling aux temps de l’armée des Indes. Aujourd’hui, il y a en Israël les Ben-Gvir, Smotrich et leurs complices parmi les colons. Mais il ne faut pas surestimer leur puissance. Sans l’appui américain en armes et en dollars, ils ne contrôleraient plus rien. En ce qui concerne Trump, nous avons tous vu sa séance d’imposition des mains, dans son bureau de la Maison Blanche, par les évangélistes et sa conseillère « spirituelle » Paula White. Nous avons constaté la transformation du ministère de la Défense américain en ministère de la Guerre. Nous avons écouté Peter Hegseth tenter de convaincre les militaires américains que Dieu était avec eux, et tenir des sessions arrosées par le Livre de Josué en prononçant le mot de croisade. Nous avons vu les sionistes chrétiens milliardaires et les Miriam Adelson pousser au crime. Tous animés par leurs croyances que pour exister il faut détruire ses ennemis – la conception de « l’ennemi existentiel » de Carl Schmitt, le juriste du IIIe Reich, qui a essaimé en même temps que les écrits d’Ayn Rand. Le « Conseil de la Paix » de Donald Trump et de Tony Blair est devenu un Conseil de la guerre, auquel de plus en plus d’Etats invités à y participer répondent par un refus, poli ou pas.

La majorité du peuple américain est aujourd’hui opposée à cette guerre (65 % selon les sondages) et d’anciens partisans de Trump, comme Majorie Taylor Greene ou Tucker Carlson, lui rappellent qu’il avait promis être « un serviteur de la paix ». Les manifestations contre la guerre s’étendent aux Etats-Unis. Le pape Léon XIV, lui-même américain, a condamné la guerre, et le cardinal archevêque de Chicago, de l’ordre augustinien comme Léon XIV, a dénoncé avec véhémence la séquence de Truth Social, diffusant des images de bombes tombant sur l’Iran accompagnées de tubes de music-hall, soulignant que se moquer des souffrances d’autrui est absolument contraire à l’esprit du christianisme. Dans une déclaration publiée le 17 janvier, les patriarches et chefs religieux de Jérusalem ont condamné le sionisme chrétien, ce qui a déclenché une réaction très violente de l’ambassadeur étatsunien en Israël, Mike Huckabee, lui-même encore plus fondamentaliste que son collègue à Paris, Charles Kushner, dont l’entreprise et celle de son fils, Jared, aurait été sauvée par les banques du système de Wall Street, avec l’approbation de Jeffrey Epstein.

Aujourd’hui, la question est donc de trouver comment sortir de ce guêpier qui peut conduire à une guerre mondiale, au risque d’aboutir, d’escalade en escalade, à un conflit nucléaire. Sur le terrain, dans les conditions actuelles, il ne peut évidemment pas y avoir de solution militaire. Car la défaite de l’un ou de l’autre serait frontalement inacceptable. La solution est de changer la règle du jeu. L’économiste russe Sergueï Glazyev vient de déclarer à Mumbai que l’embrasement du monde, dont la fermeture du détroit d’Ormuz est un point marquant, devrait pousser les BRICS à accélérer leur projet de mettre en œuvre un instrument de base monétaire, sur la base de deux paniers de référence, l’un fondé sur l’ensemble des monnaies des pays partenaires, l’autre sur un ensemble de produits de base dont les prix seraient fixés par des contrats à long terme, et non livrés aux spéculations des marchés financiers.

Technocratique ? Non, à l’opposé, pour une architecture polyphonique de paix par le développement et la sécurité mutuels : un changement de la règle du jeu mondiale. Illusoire ? Non, car c’est de manière concrète la démarche qu’a esquissée Léon XIV lors de la célébration du Jubilé place Saint-Pierre. Il a mentionné le grand penseur de l’aube de la Renaissance, Nicolas de Cues, qui, pour surmonter la notion d’opposition des contraires, qui mène fatalement à la guerre – le combat contre l’ennemi existentiel – met en œuvre le principe de la coïncidence des opposés, la paix, en travaillant ensemble pour ce que De Gaulle appelait la cause de l’Humanité. Abstrait ? Non, une très concrète chance à saisir. Mme Helga Zepp-LaRouche a formulé cette approche dans une lettre au Pape pour l’encourager à défendre un dialogue de toutes les religions par-delà leurs différents rites et pratiques. Bien évidemment, toutes les composantes des sociétés civiles doivent se mobiliser pour la paix, pour échapper à notre pire ennemi, le pessimisme analytique et les délectations morbides.

Nous vivons un de ces moments de l’histoire où il faut s’élever au sommet de la montagne pour voir les choses de haut. Plus croît le péril, plus croît ce qui sauve, pourvu que nous nous y engagions.  

Colonel Alain CORVEZ, Conseiller en stratégie internationale, « Perspectives contemporaines du conflit israélo-palestinien »

Dans votre introduction, vous avez éclairé le paysage d’une lumière de vérité. Il est effectivement très important de comprendre qu’on est entré depuis quelques années, progressivement, dans un monde sans lois, et qui agit contre les réalités objectives du monde. Je voudrais dire que le conflit sanglant et terrible qui se déroule actuellement, quand on sait les meurtres, les assassinats et les décès des populations iraniennes, il y a également des Israéliens qui sont morts, certainement plus que ce que l’on entend puisque la propagande de guerre se fait dans les deux sens, c’est-à-dire qu’on empêche de faire connaître les pertes réelles d’Israël et des États-Unis et en revanche on augmente les autres et on va même, avec un acteur comme Donald Trump, dire qu’il a tout oblitéré, comme il le dit, et que l’Iran est complètement mort, cependant l’Iran lui tient tête et tient tête à l’ensemble de cette espère de coalition. Donc ce refus du droit international, et cette loi de la jungle, la loi du plus fort, elle a commencé avec la création de l’État d’Israël en réalité, puisque c’était contraire à tout ce que voulait même la population juive. C’est ce que De Gaulle dans sa conférence de presse de 1967 a fort bien expliqué, c’est que la formation de cet État ne correspondait pas aux nécessités de l’ordre international. Non seulement il n’y correspondait pas, mais il venait même en désaccord avec un ordre équilibré et paisible de la situation internationale. Depuis cette création, j’en reviens encore à De Gaulle, il l’a expliqué, depuis qu’il a été créé, cet État n’a cessé d’agresser, déjà, la population sur les territoires que les Nations Unies lui avaient donné, mais ensuite il n’a cessé de s’agrandir et de ne pas respecter le droit international. Ça n’a fait qu’augmenter, et on arrive à aujourd’hui. S’il a pu faire tout ça, ce petit État, Israël, c’est parce que dès 1948 elle a eu le soutien d’une des deux grandes puissances de l’époque, qui était les États-Unis d’Amérique. Mais depuis, l’hégémonie américaine s’est développée, et aujourd’hui plus rien ne l’arrête, aucune force morale, puisque le président des États-Unis répondant à des journalistes du New York Times il y a maintenant 2-3 mois, après l’affaire du Vénézuela, a dit que rien ne l’arrêterait, que la seule qui l’arrêterai c’est sa propre vision et sa propre moralité. Comme il n’a aucune moralité, il pourra faire ce qu’il voudra…

Donc le problème de fond, et Jacques Cheminade l’a très bien expliqué aussi dans son exposé, c’est qu’il n’y a plus de moralité dans les relations internationales. On constate cette amoralité, mais ostentatoire, des États-Unis et d’Israël, qui fait face à, de l’autre côté, des puissances qui sont aussi des grandes puissances, la Chine et la Russie, qui n’osent pas réagir à temps, attitude extraordinaire qui n’est pas normale, parce que ils savent bien que s’ils disaient « vous arrêtez ou alors je déploie ma force militaire » ce serait la guerre nucléaire, donc ils sont dans une retenue, et le contraste est saisissant entre les prises de position de Poutine et Xi Jinping face à l’agitation à la fois de Netanyahou et de Donald Trump.

Si je suis revenu à la création de l’État d’Israël en 1948, comme vous l’avez très bien dit M. le Président dans votre introduction, c’est que pourquoi l’Iran est devenu l’ennemi numéro 1 pour Israël ? C’est parce que dès sa création, la République islamique d’Iran, en 1979, république islamique chiite, a pris la défense de la cause palestinienne. Or la Palestine était composée autrefois d’une majorité de musulmans sunnites, beaucoup de chrétiens, qui ont énormément diminué parce qu’ils ont été obligés de partir à cause des conflits, justement, et donc c’était majoritairement des musulmans sunnites. Ce qui est caractéristique, c’est que cette puissance, qui est aussi une grande puissance, l’Iran, et qui s’enracine dans l’immense culture perse, cette puissance a dépassé ses propres intérêts religieux, si je puis dire, puisqu’elle a délibérément apporté son soutien à la cause palestinienne dès le début, et donc des chiites soutenant des sunnites.

Une autre preuve de ce dépassement des clivages religieux au sein de la société musulmane, c’est le travail extraordinaire que le général Qassem Soleimani (1957-2020) avait fait pour dépasser justement ce clivage entre sunnisme et chiisme, et il a obtenu des résultats extraordinaires, et on peut dire que l’accord d’avril 2023 signé à Pékin entre l’Arabie Saoudite et l’Iran était une victoire post-mortem de Qassem Soleimani, puisque quand il a été tué à Bagdad, en mission officielle, il venait pour préparer justement une rencontre entre l’Arabie Saoudite et des responsables iraniens. Donc son travail a été, en plus de son génie militaire car il a su organiser la résistance militaire à l’impérialisme américain en intégrant les concepts de la guerre « du faible au fort », la guerre des commandos, et il a obtenu dans ce domaine, là-aussi strictement militaire, des réussites énormes sur le terrain. Si le Hezbollah est devenu ce qu’il est devenu, si les Houthis sont devenus ce qu’ils sont devenus, en Irak également Hachd al-Chaabi et l’autre milice chiite qui est dans l’axe de la résistance, sont des résultats du travail de Qassem Soleimani. Et aujourd’hui, Israël, voyant bien l’aura – parce qu’en plus l’Iran était non seulement une grande puissance qui développait son influence dans cette Asie occidentale, dans toute l’Asie occidentale l’Iran a une influence parce qu’elle est non seulement une puissance forte, mais c’est une puissance qui apporte des valeurs qui sont universelles, alors en face nous avons un tout petit État qui lui ne pense qu’à des valeurs égoïstes concernant son propre avenir. Donc on est avec la lutte de la Palestine, et le soutien que l’Iran lui a apporté dans l’exacerbation aujourd’hui de cette attaque qui a été déclenchée, d’une façon d’ailleurs mensongère dans les déclarations officielles des différents dirigeants et notamment de Donald Trump et de son équipe, Pete Hegseth et les autres, et c’est une des raisons qui me fait penser que ce pourrait être le début de la fin des États-Unis d’Amérique, car on voit bien que la majorité des Américains, du peuple américain, est hostile à cette guerre et maintenant on voit des dirigeants importants qui manifestent leur différence de point de vue avec la politique de Donald Trump et de son aréopage. Joe Kent, qui a démissionné, mais hier je crois, Tulsi Gabbard, la Directrice du renseignement national des États-Unis, a effectivement rappelé que l’Iran ne menaçait absolument pas les États-Unis, sous-entendu : cette guerre était une erreur.

Donc je pense que l’Iran, dans le monde, est de plus en plus regardé comme une puissance qui ne menaçait personne mais qui a été de façon inadmissible attaquée par ce petit pays, Israël, qui ne veut que s’étendre et imposer sa suprématie, non seulement sur la Palestine comme on le sait puisqu’il y a eu des déclarations officielles de dirigeants israéliens, pour ces gens-là le Liban fait partie du « Grand Israël », de même que la Syrie, l’Irak, l’Égypte. Et donc dans ce paroxysme qu’on a atteint et avec les horreurs qui se produisent tous les jours, on voit bien que l’Iran, malgré toutes les souffrances qu’il ressent actuellement, ne faiblit pas, il est capable de tenir tête aux États-Unis d’Amérique, et on sait que Trump avait envoyé des gens pour essayer de négocier et que l’une des réponses, d’Ali Larijani je crois, qui a répondu « en période de Ramadan (ou en en ce mois saint) nous ne discutons pas avec le Diable ». L’Iran a dit qu’il irait jusqu’au bout, jusqu’à ce que ses droits nationaux soient respectés. Et maintenant, avec le blocage du détroit d’Ormuz on voit aussi que le rapport de forces n’est pas celui que tous les écrans de télévision français veulent nous montrer en voulant propager la propagande de Trump en disant « on a gagné la guerre, ils sont écrasés, ils n’ont plus les moyens de se défendre », et est quand même demandé au reste du monde de venir l’aider dans sa guerre pour débloquer le détroit d’Ormuz, ça prouve bien sa faiblesse.

Je reviens à la Palestine. Effectivement, cette guerre Israël-États-Unis contre l’Iran c’est le paroxysme de la lutte des Palestiniens contre la dépossession de leurs terres par Israël et hélas, dans un monde qui a perdu tout honneur et toute morale, et qui n’ose pas s’opposer à Netanyahou et surtout au président américain, car Netanyahou – et on ne sait pas s’il est en enfer ou s’il est encore quelque part, qu’il se cache, puisqu’on a pas entendu parler de lui depuis longtemps – quoi qu’il en soit il ne peut faire, lui et son équipe, ce qu’ils font, que parce qu’ils ont le complet soutien des États-Unis d’Amérique.  

Majed NEHMÉ, Chercheur et journaliste franco-syrien, « Jérusalem : enjeu central des rivalités israélo-palestiniennes »

Merci d’abord pour l’invitation. Je ne suis pas si expert que cela, mais quand même je suis plongé dans ce conflit depuis ma naissance. Vous avez bien mentionné la nécessité de respecter le droit international. C’est vrai, mais le droit international tel qu’il est représenté par le Conseil de Sécurité est malheureusement injuste, il ne représente pas le droit. D’ailleurs, comme l’a dit celui qui m’a précédé (colonel Corvez), la création même de l’État d’Israël était contraire au droit international. Et ensuite, toutes les résolutions de l’ONU n’ont pas été respectées, et Israël n’a jamais été sanctionné pour ses violations des droits de l’Homme. Israël est le seul pays dans la région qui a la bombe atomique, et on s’attaque à l’Iran qui ne l’a pas, alors même que le dirigeant, l’ayatollah Khamenei (1939-2026), avait bien publié un avis religieux interdisant la fabrication, l’usage de la bombe atomique. Voyez, c’est-à-dire que c’est la loi de la jungle. Depuis toujours, c’est la position de la Chine, depuis aussi l’agression israélo-américaine contre l’Iran : c’est la loi de la jungle. Malheureusement.

Concernant Al-Quds (Jérusalem), puisque c’était ça mon intervention, sur la question palestinienne pour marquer un peu la journée internationale de solidarité avec la Palestine, donc Jérusalem en tant que future capitale de l’État de Palestine symbolise désormais l’identité nationale palestinienne, c’est-à-dire pas seulement Jérusalem, c’est toute la Palestine, et la lutte des peuples arabes contre le projet colonial sioniste.

Ce projet a été conçu et favorisé par les puissances coloniales dès le XIXe siècle, bien avant le Conseil de Sécurité, bien avant la Deuxième et la Première guerres mondiales.

Le 18 novembre 1917, lors de l’entrée des troupes britanniques conduites par le général Allenby à Jérusalem, le journal britannique The Herald a titré : « Jérusalem est sauvée par les Britanniques après 673 ans de domination islamique ». C’est la une du Herald (il montre à la salle une photocopie de la une du journal).

Quelques jours auparavant, le même mois, la même année, le 2 novembre 1917, le gouvernement britannique adopte la Déclaration Balfour, du nom du Secrétaire d’État aux Affaires Étrangères du Royaume-Uni, promettant la création d’un « foyer national juif » en Palestine. Cette déclaration constitue une reconnaissance officielle de la part de la Grande-Bretagne du projet sioniste en Palestine, en violation flagrante des engagements pris auprès des dirigeants du monde panarabe en rébellion contre l’Empire ottoman. Pour anecdote, le Conseil des ministres britannique qui avait adopté la Déclaration Balfour a voté à l’unanimité ce projet, sauf une voix : c’est la voix du seul ministre juif britannique, qui s’était opposé à cette déclaration.

Puis, plus tard, les accords secrets de Sykes-Picot, c’est la même année, presque un an avant, signés le 16 mai 1916 après négociations entre novembre 1915 et mars 1916 entre la France, le Royaume-Uni avec l’aval de l’Empire russe et du Royaume d’Italie, prévoyant le découpage du Proche-Orient à la fin de la guerre, en plusieurs zones d’influence au profit de ces puissances, ce qui revenait à dépecer l’Empire ottoman et à trahir les promesses faites aux Arabes concernant leur ralliement à la guerre contre l’Empire ottoman.

C’est l’aboutissement du projet sioniste conçu par la Grande-Bretagne et ses alliés occidentaux – parce qu’il faut revenir un peu plus en arrière – dès 1840, après la défaite d’Ibrahim Pacha (1789-1848) qui voulait défaire l’Empire ottoman et le rénover, contrariant ainsi les projets occidentaux relatifs à cet empire agonisant, appelé à l’époque « homme malade de l’Europe ». Pour les puissances européennes, il est impératif de laisser « l’homme malade » toujours malade, en attendant le moment propice pour se partager ses dépouilles. Donc Ibrahim Pacha, qui avait unifié la Syrie et l’Égypte, et qui était sur le point de renverser le régime ottoman, a été battu par une intervention occidentale militaire conduite par la Grande-Bretagne, et la Russie, y compris la France qui a débarqué des forces au Liban à l’époque, et ils ont donné l’injonction à Muhammad Ali (années 1760-1848) de rester en Égypte, de ne pas déborder la frontière, donc ils ont reconnu son droit à gouverner l’Égypte seulement, et de ne plus regarder vers la Syrie et vers l’Empire ottoman. Le but de cela, ce qui était considéré à l’époque comme un cauchemar, c’est-à-dire rénover l’Empire ottoman, pour s’opposer, pour éviter un tel cauchemar à l’avenir, Lord Palmerston, le Premier ministre britannique de l’époque, a imaginé la création d’un État tampon entre l’Asie et l’Afrique, entre la Syrie et l’Égypte, pour qu’une telle expérience ne se reproduise plus. D’où l’idée d’un État sioniste, qui a été incarné, réalisé plus tard avec le mouvement sioniste. À l’époque ce sont les chrétiens sionistes qui ont conçu ce projet, qui n’avait pas l’aval des juifs dans le monde, c’était un projet minoritaire.

Le 25 juillet 1920, trois ans après la fameuse Déclaration Balfour et l’entrée d’Allenby à Jérusalem, les troupes françaises commanditées par le général Gouraud entraient aussi à Damas. Ils étaient précédés avant par Allenby à Jérusalem qui avait déclaré qu’il venait de mettre fin à la domination musulmane à Jérusalem. Donc il entrait à Damas, après la célèbre bataille (…) pour appliquer par la force les accords de Sykes-Picot. En tant que premier Haut-Commissaire français au Levant, Henri Gouraud (1867-1946) entra à Damas et partit visiter le tombeau de Saladin (1138-1193) devant lequel il aurait déclaré : « Réveilles-toi Saladin, nous sommes de retour ! Ma victoire ici consacre la victoire de la Croix sur le Croissant ». C’est génial de la part d’une République qui se dit laïque !

Sans ce bref rappel historique il est difficile de comprendre les convulsions actuelles qui déchirent l’Orient arabe dans son ensemble, voire au-delà comme on le voit avec l’Iran, qui ne faisait pas partie de cette zone à l’époque, et la centralité de la cause palestinienne dans le mouvement de libération anticolonial. Le 7 octobre 2023, malgré le génocide que l’entité sioniste a perpétré contre le peuple palestinien, a montré l’impossible victoire du sionisme prédateur dans cette région. Les conséquences stratégiques de ce déluge sont incalculables pour l’avenir du monde arabo-musulman et pour le nouvel ordre mondial en gestation, parce que l’actuelle agression contre l’Iran ne va pas s’arrêter seulement à l’Iran. On a entendu des menaces de Netanyahou même contre le Pakistan. Il avait officiellement déclaré qu’après l’Iran ce sera le tour de toutes les puissances qui pourraient menacer la sécurité d’Israël. D’ailleurs c’est la doctrine occidentale : il faut assurer la suprématie absolue d’Israël face au monde arabo-musulman. Donc voilà ce vaste programme.

Les conséquences stratégiques de ce déluge sont incalculables, dans la mesure où les secousses géopolitiques sismiques n’ont pas cessé d’ébranler le fondement même de l’ordre américain dans la région, il est encore tôt pour dresser un bilan exhaustif, mais cela ne nous interdit pas de souligner quelques enseignements ou conclusions :

Israël apparait plus que jamais comme une colonie occidentale. Ça a été prouvé, dès le premier jour après le 7 octobre 2023 : tous les dirigeants occidentaux se sont rendus en Israël pour exprimer leur solidarité.

La normalisation de certains pays de la région avec Israël bat actuellement de l’aile, je pense que ça va finir aussi.

Le projet israélien de déporter les Gazaouis a échoué, puisque c’était ça l’objectif d’Israël.

Par contre on assiste depuis le 7 octobre 2023 à un exode massif des Israéliens, qui quittent Israël pour l’Europe et les États-Unis. Ces départs remettent en question les fondements même du projet sioniste et fragilisent l’avenir du projet sioniste. Cette émigration à bas bruit représente quand même à peu près 900 000 personnes.

La « bombe démographique », qui faisait trembler les dirigeants de l’entité sioniste, à commencer par Ben Gourion (1948-1963), est actuellement une réalité : on compte désormais plus d’Arabes sur l’ensemble de la Palestine historique, entre le fleuve et la mer, que d’Israéliens juifs.

S.E.M. Michel RAIMBAUD, Ancien ambassadeur de France

Je remercie Bernard Cornut pour le film projeté aujourd’hui, dont le sujet n’est pas aussi banal qu’il pourrait y paraître à première vue. Il est irréprochable de vouloir mettre fin demain à la tragédie imposée il y a quatre-vingt ans au peuple palestinien, et la conclusion serait logique en temps normal : il faut saisir le Conseil de Sécurité de la question, puisque sa raison d’être est de jouer le rôle majeur en matière de conflits, de paix et de guerre et de « contourner » le véto des opposants probables, en faisant appliquer le droit international, la légalité internationale, le droit humanitaire (à plus forte raison)…

Mais nous ne sommes pas en temps normal, nous traversons même des temps tout à fait anormaux, où il convient de faire son deuil de toute logique, de toute normalité : le droit international n’est plus qu’un souvenir, le pouvoir du Conseil de Sécurité est totalement aliéné, et il n’est guère diplomatique de qualifier comme il convient le rôle et le comportement des acteurs majeurs de l’actualité. Le Conseil de Sécurité lui-même n’est plus qu’une nostalgie. Au point que personne n’a trouvé étrange que l’épouse du président Trump ouvre la séance d’un Conseil nouveau modèle.

Le phénomène Trump est essentiel, s’agissant du chef d’Etat d’une grande puissance, qui revendique plus que jamais une hégémonie de droit divin, mais d’une façon déroutante : faut-il en rire ou en pleurer ? Car il est un peu comme la « Dame Bêtise » de la chanson de Jacques Brel : Comment fait-il pour avoir tant d’amants et tant d’agents, tant de représentants et tant de fiancés…  Ne voit–on pas avec stupéfaction que les chefs d’Etat de l’Occident, mais aussi ceux de l’Eurasie ou d’ailleurs n’osent pas piper mot, faisant comme si…c’était un bel exemple de promotion des droits de la femme.

Dans ces conditions, il semble difficile de placer des espoirs quelconques dans le Conseil de Sécurité. A moins de croire toujours dans une improbable « transaction du siècle » où les Palestiniens seront de toute façon perdants. Les Trump et leurs affidés ont décidément une conception très particulière du règlement des conflits, notamment lorsqu’ils croient avoir proposé la solution miracle.

Trump et son gendre sont revenus au Proche-Orient : bonjour les dégâts….

Le Conseil de Sécurité n’existe plus, il a cédé la place au Bureau de la Paix (sic), où Donald Trump fait les demandes et les réponses, assumant à vie un pouvoir absolu… Amen.

PROJECTION DU FILM :

« Chapitre VII. La Palestine à côté, demain »,

réalisation Bernard Cornut, Août 2025, 33 min.

SESSION QUESTIONS ET DÉBAT

Bernard CORNUT

Voici la Charte des Nations Unies, que j’ai dans la poche et tous les jours quasiment depuis la Guerre du Golfe de 2003, j’ai été à New York au Conseil de Sécurité, et j’ai acheté ça, je l’ai toujours avec moi. Elle a des défauts : le seul défaut, c’est que le seul Chapitre VII prévoit l’application, alors que dans toutes les justices du monde il y a la justice d’une part, les tribunaux, mais il y a aussi la police pour appliquer les décisions des tribunaux. Or je rappelle dans cette note (document distribué) ce qu’a dit Chirac à la veille de la Guerre du Golfe dans l’Assemblée : d’une part il a dit, comme tous les partis d’ailleurs, il y a deux poids-deux mesures, mais il a rajouté, la veille de la Guerre du Golfe, Jacques Chirac à l’Assemblée, comme Rocard avait dit « ce n’est pas une guerre, pas besoin de vote de la part de l’Assemblée, c’est une opération de police internationale », et c’est exactement ça, c’est une opération de police internationale, mais justement il n’y a que le Chapitre VII qui définit les moyens d’une police internationale, y compris par la force avec le conseil et le contrôle d’un état-major. Donc ce sont les dizaines d’articles que comporte le Chapitre VII, et que personne n’a cité, en France personne, sauf récemment quelqu’un à la télévision il y a 2-3 jours, je l’ai félicité d’ailleurs, et d’autre part il y a l’année dernière l’ancien président irlandais, M. Higgins (2011-2025), qui a parlé dans une lettre au Secrétaire général du Conseil de sécurité : il a dit qu’il fallait appliquer le Chapitre VII. Mais en France, personne. Personne. Personne. C’est comme si l’utilisation de la force légale, légitime, contre l’État d’Israël, ou pour le Moyen-Orient était impossible à utiliser envers l’État israélien.

Moi je connais bien la région, et depuis six décennies j’ai visité partout, depuis le Maroc et l’Algérie jusqu’au Pakistan, l’Inde, l’Afghanistan, etc., l’Arabie Saoudite, les deux Yémen (quand ils étaient deux), Djibouti, le Soudan où j’ai d’ailleurs fait un film documentaire en 1986 quand le pétrole avait baissé et qu’on a eu Tchernobyl, donc je connais bien la société, je parle arabe à peu près, un petit peu turc (je comprends) et donc j’ai fréquenté toutes les sociétés. Je voudrais rajouter que ma belle-mère était iranienne, pédiatre, formée à Téhéran et ensuite à Moscou (la première pédiatre d’Iran, c’est ce qu’on m’a dit), et mon beau-père lui était irakien, avocat, fondateur de la ligue anti-impérialiste en Irak, en 1934, diplomate et ensuite ambassadeur, en Inde, en Tchécoslovaquie et même aux Nations Unies. Et donc tous les deux laïques, l’une chiite et l’autre sunnite évidemment, donc toutes les explications par le chiisme-sunnisme je n’y crois pas du tout, enfin je vois que c’est de la simplification ou de la manipulation des ignorants. J’ai aussi travaillé à Gaza en 1984, j’ai serré la louche à Arafat d’ailleurs à (…), qui m’a signé un papier pour un projet, et en Cisjordanie très souvent, dans la région de Naplouse (ou Nablus), près de Jénine, Zawayda, sur les problèmes d’énergie, d’environnement, de déchets, et d’ailleurs récemment j’ai fait encore une mission juste avant le Covid-19 en octobre 2019 sur la gestion municipale des eaux dans les grandes villes, c’est-à-dire Naplouse, Ramallah et al-Khalil (ou Hébron).

Tout ça pour dire que je connais bien la situation, j’essaie d’être neutre, mais j’essaie d’être profond et j’essaie de parler non seulement au grand public mais aussi aux responsables, c’est pour ça que j’ai pris des contacts avec Paul Soler via Stéphane Romatet, qui est maintenant ambassadeur en Algérie en poste à Paris, que j’ai connu il y a 31-32 ans quand il était en poste à Amman (Jordanie) et qui me semble assez raisonnable, et Paul Soler aussi, d’après ce qu’on dit les journalistes. Je ne l’ai pas rencontré mais il m’a répondu plusieurs fois sur mes analyses sur la guerre en Ukraine, en Syrie et en Irak, et ailleurs, d’ailleurs qui sont essentiellement des problèmes de déficit de la constitution locale par rapport à la diversité ethnique, religieuse et régionale. Ça a un peu séduit, cette analyse, parce que c’est le même problème qu’on a en Ukraine, qu’on avait en Syrie, et qu’on n’a pas encore tout à fait résolu, même si les Russes ont proposé une « constitution de la République syrienne », et par ailleurs en Iran où il y a quand même des députés Arméniens, Juifs, Chrétiens, etc., et donc il y a quand même des efforts de conscience en Iran de tâcher de traiter ces problèmes. C’est nulle part parfait, mais j’ai dit d’ailleurs dans cette note à Paul Soler, j’ai dit « ça vous fait sourire mais on ne sera pas crédibles pour discuter de paix au Moyen-Orient, notamment pour résoudre ces problèmes de constitution et de diversité, quand on n’aura pas résolu le problème de la Corse ». Et ça a été entendu, parce qu’en Corse il est interdit au Parlement régional de discuter et débattre en Corse. Or justement, la dernière fois que le président Macron est allé en Corse, j’ai entendu son discours, il a dit : « je vais vous arranger que vous soyez autorisés à ça ». Et en fait il a une opposition du ministère de l’Intérieur français qui dit « non, non, pas question, la constitution française », etc… et puis la droite lui a dit « on ne peut pas changer la constitution, il faut la changer pour ça, on ne veut pas pour ce sujet-là », donc restons avec l’interdiction de parler corse, comme c’était en Turquie où on n’avait pas le droit de parler kurde il y a 30 ans, etc.

Donc vous avez le projet, vous pourrez poser des questions sur d’autres aspects du film mais je concentre un peu là-dessus, sur vos avis ou les explications à donner sur certains paramètres, mais j’ai à peu près lu tous les plans de paix qui ont été faits avant Oslo, après Oslo, etc., sur le problème palestinien, il y a des choses qui n’ont pas été mises et que je mets là-dedans, et qui sont à mon avis très importantes.

Notamment par exemple je parle des colons, et pas seulement des colonies, puisque j’estime que la télévision, ciblant toujours les gens extrêmes, je prétends que – des ambassadeurs palestiniens me l’ont dit – que la majorité des colons ne sont pas des gens armés et violents, même si effectivement les ministres récemment ont tâché de distribuer des armes. La plupart, comme on le voit dans l’extrait de l’INA que j’étais tellement content de trouver, ils viennent de Russie ou d’ailleurs parce qu’il y a des appartements qui sont trois fois ou quatre fois moins chers qu’à Jérusalem, bien équipés, modernes, avec une piscine, des écoles, etc. Et d’ailleurs, il y a un ambassadeur de Palestine qui m’a dit que parmi les Juifs, il y en a au moins la moitié qui mangent du porc, qui ne sont pas du tout juifs, etc., et qui viennent, c’est le procédé de la colonisation : c’est comme ça que les Français, pendant la colonisation de l’Algérie sont venus, parce qu’il faisait plus beau avec plus de soleil, il y avait du meilleur vin etc. à faire, donc c’est un principe de la colonisation mais les colons n’ont que cette responsabilité d’avoir été colons sans être vraiment conscients du mal que ça faisait aux autres, et de soutenir, payer des impôts au gouvernement qui finance la colonie, qui donne des aides et tout ça. Mais donc il faut traiter le problème des colons parce que certains resteront dans un État de Palestine une fois qu’ils connaîtront les lois, alors que dans les accords d’Alger (1962) le FLN avait dit « les Européens peuvent rester sous les lois algériennes » mais on ne connaissait pas les lois algériennes, il y avait plein d’armes partout de tous les côtés, donc il y a eu des massacres et donc finalement tout le monde est parti.

Et dans le cas de l’Arménie, que je cite souvent aussi parce qu’il est pas du tout connu, après la reconquête de ses territoires souverains, le Haut-Karabakh, même s’il a une grande tradition arménienne, population arménienne, il y a deux ans en octobre le Premier ministre arménien a dit tout de suite – moi j’ai entendu, ça a été traduit sur France 24 – « Les Arméniens du Haut-Karabakh, je leur prépare 40 000 places, mais je ne vous incite pas à partir ». Et le jour même – je l’ai entendu aussi en traduction à France 24 – le président azéri Aliyev a dit : « Les Arméniens du Haut-Karabakh peuvent rester, ils seront traités comme des citoyens azéris ». Et on connaissait les lois azéries, il suffisait d’aller sur internet ou sur les registres. Et en fait, comme la France, les médias, ont dit il n’y a pas confiance aux Azéris etc., que l’Europe n’a pas bougé pour dire quelles sont les lois azéries concernant les gens qui sont là depuis des siècles, les gens qui ont été combattants et qui ont tué etc., eh bien tout le monde a pris la fuite et il y a eu des embouteillages, et quelques morts dans les embouteillages, alors qu’il y a eu, d’après ce que j’ai lu, un seul mort après le cessez-le-feu. Et d’ailleurs, je rappelle que Le Monde a mis trois semaines à évoquer la guerre précédente dans laquelle les combattants arméniens, les milices arméniennes et l’armée arménienne ont forcé à partir 300 à 400 000 Azéris, donc trois fois plus même que des Arméniens qui sont partis.

Donc ici il faut bien regarder les détails de l’Histoire et toujours regarder le problème humain qu’il y a derrière, et tenter d’appliquer au mieux le droit international et l’appliquer avec fermeté et clairvoyance. J’ouvre maintenant le débat, n’hésitez pas à poser des questions aujourd’hui et aussi plus tard, puisque j’ai mis mon e-mail sur le document que j’ai distribué.

Question de la salle

C’était à quelle date ça ?

Bernard CORNUT

C’est à faire, ça reste à faire. Je l’ai communiqué à deux conseillers de l’Élysée en espérant qu’ils le lisent et qu’ils aient un peu de courage.  

Question de la salle

Vous l’avez communiqué il y a combien de temps ?

Bernard CORNUT

J’ai fini le film en août 2025, l’année dernière, et je l’ai diffusé dans mon village parce que la plupart des scènes ont été tournées au village – il y avait 90 personnes, c’était la plus grande assemblée du village. J’ai tourné chez des habitants d’Apt, pendant deux heures on a débattu, et je l’ai présenté pour le mouvement de la paix, en zoom, et puis ici aujourd’hui. Et puis je le présente le 11 avril à Montréal, dans le cinéma de l’Université, et puis en Californie chez des personnes privées, car il y a des dangers, chez des amis universitaires de Portland (Oregon). Je ne vais pas à San Francisco, j’y passe en avion et ensuite je vais à Bakersfield University qui est une université entre Los Angeles et San Francisco, où j’ai des amis qui vont inviter des gens chez eux. Je veux bien y aller après, mais le 4 mai je me fais opérer le genou et je ne pourrai pas beaucoup bouger. Mais je peux vous envoyer le film : une fois que vous connaissez les principes du débat, vous pouvez l’animer. J’ai des versions anglaises, en chinois, en turc, en espagnol, et j’attends celle en arabe, en italien, et en russe.

Agnès OLLIVIER

Est-ce que vous avez des contacts avec le comité national pour l’administration de Gaza ? Qui dont a un projet de réhabilitation plus ou moins avancé mais qui se constitue notamment d’Ali Chaath et d’autres techniciens-ingénieurs dans les différents domaines pour la reconstruction, la réhabilitation de Gaza, et qui propose donc un certain nombre de solutions. C’est énorme, d’ailleurs, le travail est énorme, le travail à faire, mais je veux dire ce sont évidemment des choses qui doivent se juridiquement – là le Chapitre VII de la Charte de l’ONU – mais également concrètement sur le terrain, donc la reconstruction de Gaza, parce que tous les débris c’est véritablement pire que ce qu’il y avait à Hiroshima sans les radiations ! Si on lit par exemple le journal du docteur Hachiya, qui donc est un rescapé d’Hiroshima et de Nagasaki, qui a tenu son journal, et qui a soigné d’ailleurs, et ce qu’il dit est véritablement édifiant. Je crois qu’il ne faudrait pas recommencer ça, et là le travail est énorme, même en matière de santé. C’est énorme.

Bernard CORNUT

Oui, la paix et la souveraineté c’est la priorité. Le cessez-le-feu, la paix et la souveraineté, la reconnaissance…

Quelqu’un dans la salle

Massacres tous les jours, génocide tous les jours, ça continue. Donc je ne sais pas, la reconstruction de Gaza, on n’en est pas là !

Bernard CORNUT

J’ai lu ce plan, qui a été conçu surtout par des ingénieurs égyptiens, qui est bien, moi j’en ai lu une grande partie. Bien avant le plan en 20 points de Trump que j’ai ici. Et donc, comme plusieurs pays ont essayé d’intégrer des choses, anciennes, plus raisonnables disons, dans le plan de paix, effectivement ce plan ils ont mis quelqu’un pour le faire mais comme a dit ma collègue Halima c’est d’abord le cessez-le-feu, la paix, un accord de paix, la souveraineté pleine d’un État palestinien, reconnu etc. avant de mettre les choses. Le plan de paix de Trump en 20 points est complètement irréaliste.

Remarque d’un participant

Article 4, vous citez la Syrie. Il manque le Liban à mon avis.

Bernard CORNUT

Le Liban n’était pas ré-envahi. Mais cela va de soi, comme projet, j’en suis bien conscient. J’ai été à la porte de Fatima, je connais.

Ismaël PAIENDA

Je voulais dire, par rapport à ce que Madame vient d’évoquer, actuellement il y a des gens qui meurent tout le temps, tout le temps, on attaque, l’aspect humain c’est complètement négligé, alors qu’est-ce qu’on peut faire, concrètement, chacun d’entre nous ? Vous savez, il y a un proverbe en français qui dit que si on ne peut pas être un soleil dans le ciel et illuminer le monde entier, on peut être une bougie, et à la lueur de cette bougie d’autres bougies pour s’illuminer et former un soleil. Concrètement, qu’est-ce qu’on doit faire et peut faire ? C’est une responsabilité à l’égard des autres peuples, parce qu’il y a un poème de Saadi, un grand poète persan, qui dit que les êtres humains sont comme les membres d’un seul corps, et la souffrance d’un des membres ne laisse pas indifférents les autres membres. Si tu restes indifférent à l’égard de la souffrance des autres, mériteras-tu l’adjectif qualificatif de l’être humain proprement dit ? Qu’est-ce qu’on doit faire, qu’est-ce qu’on peut faire chacun d’entre nous en se donnant la main, les uns les autres, humainement ?

Bernard CORNUT

Il faut parler de la situation pour sensibiliser les populations européennes, au-delà de ceux qui sont militants, qui connaissent les choses et qui manifestent, pour que nos dirigeants européens, notamment la France et l’Angleterre, et les Américains aussi, soient responsables et prennent les choses en main de façon sérieuse. Les responsables, ne plus être complices. Donc les actions juridiques, ça avance, les actions de manifestation il y en a partout. Moi, je suis membre 4-5 associations, j’ai fait des manifestations à Londres, en France, etc., à Lyon (ma ville) et ailleurs, dans le Vaucluse. Et il faut, pour que les dirigeants aient le courage d’agir et d’envisager justement des solutions d’imposition de la force à l’État israélien, occupant, terroriste, etc., comme Le Monde a écrit – pour la première fois il a dit qu’Israël « applique la terreur » en Cisjordanie, alors qu’en Turquie par exemple j’ai des copies de journaux de 2004 ou 2007 où il y avait marqué « État terroriste » (« Israel terörist devlet »). Les mots sont les mots. Donc c’est pour sensibiliser que j’ai fait ce film, pour que les 90 % de Français qui ne connaissent pas grand-chose voient les choses, parce que les médias sont tellement déformés… moi je parle souvent à la télévision iranienne en français, et dans d’autres médias, dans des discours publics et tout cela, je ne prononce jamais le mot « Hamas », je dis tout le temps « le parti de la résistance musulmane qui a largement gagné les élections de 2006 sous supervision internationale ». Je suis inattaquable. J’emploie le mot musulman, parce que quand j’étais étudiant j’ai lu beaucoup de bouquins sur la religion musulmane, la cité musulmane. Quand on dit « islamique », les gens pensent « islamistes », etc. Ils ne comprennent rien. Donc c’est un parti, il a gagné les élections, qui étaient sous supervision internationale, donc l’Europe a eu tort de ne pas reconnaitre Ismaël Haniyeh comme premier ministre. Et de faire en sorte qu’au bout d’un certain temps il y a forcément une sorte de coup d’État, enfin un changement politique à Gaza, parce que l’OLP luttait contre le pouvoir démocratique de ce parti-là. Donc si on explique bien les choses, les gens comprendront, mais effectivement dans les médias on n’explique jamais bien les choses, malheureusement, que ce soit sur l’Iran, sur la Palestine, la Syrie, ces pays que je connais depuis très longtemps.

Ismaël PAIENDA

Une chose, c’est que dans la Charte des Nations Unies, je pense que si je ne me trompe pas il est dit que si un pays est attaqué par un autre ou envahi, ce pays a le droit de résister quels que soient les moyens. Est-ce que ce sont des terroristes ou des résistants ? Alors… ça ne va pas ensemble ces choses-là.

Bernard CORNUT

Bien sûr. Et si moi on ne m’a pas encore interrogé sur « comment vous qualifiez l’attaque du parti de la résistance musulmane » j’aurais dit : « celle du parti organisé est légitime, parce que ce sont des civils palestiniens sous occupation qui ont profité que les portes étaient ouvertes, qui ont échappé à des années de blocus et d’occupation, ils ont effectivement des crimes qui pourraient être considérés comme crimes de guerre, mais jugeons aussi les occupants ». Donc voilà, c’est ça que j’aurais répondu. Et, encore une fois, je suis mon expérience pour être inattaquable.

Ismaël PAIENDA

Un petit rappel. À l’époque du Shah, l’Iran allait devenir la troisième puissance. Et à ce moment-là il n’était pas l’ami d’Israël et de qui que ce soit. Comme il y avait l’Union soviétique, donc il fallait qu’ils fassent un barrage, et l’Iran était armé jusqu’aux dents. Et là, il n’était l’ennemi de personne. Maintenant que l’Iran s’est mis à défendre la Palestine, humainement il est devenu l’ennemi des uns et des autres. Je ne comprends pas.

Bernard CORNUT

Oui, mais l’Iran du Shah était déjà infiltré par le Mossad, qui avait quelqu’un au sein du Tudeh, un homosexuel, et qui avait aussi un anthropologue (un ethnomusicologue) qui était chargé d’enregistrer les musiques populaires iraniennes parce que c’est un moyen de sensibiliser la population, diffuser les musiques populaires. Ça a été fait en Syrie aussi, massivement, ça a été fait en Iran. C’est un bon moyen pour mobiliser les populations quand il y a des rébellions, disons incitées par les services secrets étrangers. Et il faut rappeler aussi que l’Iran, quand il a saisi l’ambassade américaine, il a saisi les archives qui avaient été déchiquetées. Elles ont été reconstituées par des jeunes filles pendant des mois et des mois. Donc ils ont appris, effectivement toutes les magouilles combinées israélo-américaines pour essayer de déstabiliser l’Iran. Et d’autre part, il y a plus longtemps encore, j’étais abonné pendant trois décennies à Middle East Journal, c’est l’une des meilleures revues sur le Moyen-Orient, publiée à Washington tous les trois mois, et j’avais lu un article assez précis pour comprendre comment Mosheh Sharet et Ben Gourion avaient obtenu la reconnaissance de facto de l’État israélien par l’Iran au temps du Shah, en magouillant avec un certain Tabatabaï, qui était à la fois véreux, corruptible, et qui voulait avoir une ambition politique. Donc ça a été très instructif pour moi de comprendre ça il y a plus de quarante ans.

S.E.M. Michel RAIMBAUD

Globalement ça me fait un petit peu rêver quand même, pas rêver, mais je me dis qu’à ce train-là, pour chaque conflit dont on dit qu’il est en voie de règlement il y en a trois ou quatre qui surgissent partout. Je pense qu’on ne peut pas s’en remettre aux États qui sont les responsables de toutes ces guerres et des situations indescriptibles qui subsistent. On ne peut pas s’adresser à leurs raisons, parce qu’il n’y en a pas ils sont les responsables. Et ni à leurs opinions publiques. Tous les occidentaux, moi je vis dans un milieu d’ordinaire, ils ne sont pas plus bêtes que d’autres, mais je constate que dans les opinions publiques, finalement elles sont complètement fermées, ils s’en fichent. Ce n’est pas qu’ils sont des gens animés de mauvais sentiments, mais ils s’en fichent. Ils ignorent la situation, ils ne savent pas ce que ça veut dire, ils se disent « nous on n’y est pour rien, qu’est-ce qu’on peut faire après tout ? », et ils trouvent que c’est bien parce qu’on les bassine en disant qu’on est des grandes démocraties, et que le reste c’est des tyrans de toutes sortes, les islamistes, parce que ce sont des musulmans, etc. etc.  

Et puis il y a cette énorme, cette épouvantable et cette immense puissance qu’a le regret tarif, quand même, de l’Holocauste. Ce poids de l’Holocauste, c’est devenu une espèce d’arme de guerre pour Israël. Quand même, tout le monde le sait. Alors que finalement, s’il y avait un règlement de la question palestinienne à faire, ce n’était pas forcément fonder un État juif – à supposer que ce soit ça le remède. Pas de problème, mais il fallait demander aux responsables de l’Holocauste de leur donner asile. Il y a quelqu’un qui s’appelle, je crois que c’est Rony Brauman, qui est un grand homme, qui est juif lui-même qui a dit que s’il y avait un moyen, il fallait demander – c’était l’Allemagne manifestement, un petit peu la France mais c’était l’Allemagne – il fallait prendre un bout de Bavière et puis ça y est, on y construisait l’État d’Israël, et puis un point final. Mais pas en Palestine, auprès de gens qui étaient là, qui n’y étaient pour rien dans l’Holocauste, parce que s’il y a un endroit dans la planète où les juifs étaient bien traités et de façon équitable, c’est dans les pays musulmans et les pays à domination musulmane, que ça soit temporaire ou perpétuel, c’est là les seuls endroits.

Bernard CORNUT

Oui mais on ne peut pas refaire le passé. Il faut le connaître, expliquer le passé, le critiquer, les analyses faites, mais on ne peut pas le refaire, donc de toute façon…

S.E.M. Michel RAIMBAUD

Je veux bien, je ne demande pas mieux, mais le jour où on verra un seul résultat, à ce moment-là on dira « bon, bah les autres ça peut prendre trois millénaires »… Il faut que la durée de vie humaine s’étende considérablement, parce qu’autrement ce n’est même pas mes enfants, petits-enfants ou arrière-petits-enfants… ça n’aura jamais de mémoire humaine et historique, jamais il ne se passera rien. Les pays qui sont oppressés, sauf à avoir résisté avant, il faut empêcher que les drames se passent, comme essaient de faire les Iraniens. Moi je pense qu’ils n’ont même pas besoin de justification, ils ont été agressés, et agressés comment, à quel point ? On en vient à tuer les chefs d’État, tous ceux qui ont de l’influence, à les tuer à la maison (des drones), toutes sortes d’enchainements, les tuer chez eux, c’est quand même une grande nouveauté, ça brouille le droit international. Les gens qui font le droit international ce sont les chefs d’État, les responsables. Mais ceux-là on les zigouille, quand ça ne marche pas… alors donc comment on peut espérer le moindre progrès dans la communauté internationale ? Moi c’est ainsi que je vois les choses, je ne suis pas du tout un rabat-joie. Je voudrais bien, j’aimerais bien. En plus, c’est pourquoi, si j’insiste sur M. Trump, je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de lire des allocutions de M. Trump, eh bien vous fantasmez. Vous vous dites que ce n’est pas possible que quelqu’un comme ça ait de telles responsabilités dans le monde.

Jacques CHEMINADE

J’ai deux questions. La première : comment déduisez-vous que l’assassinat d’Ari Larijani ait eu lieu le lendemain de sa manifestation à la tête de la journée pour la Palestine, dont il avait pris la tête avec la foule. La deuxième question : que pensez-vous des efforts d’Ofer Bronchtein ?

Bernard CORNUT

Disons que moi je me mets souvent à la place des services secrets pour imaginer ce qu’ils peuvent faire. Dans la manif, ils ont pu mettre un petit émetteur GPS accroché au dessous de sa veste, et savoir où il est le lendemain. Et de toute façon, avec WhatsApp et les téléphones portables on sait – sauf le mien – où on est en permanence. Moi, je suis militant, mais je n’ai jamais eu d’emmerdes. Ils ne savent pas où je suis donc… Voilà. Et donc, ils ont bombardé sa maison parce que c’était assez facile, ou de « bakchicher » son chauffeur ou quelqu’un. Le responsable logistique d’Arafat il avait été détourné par le Mossad jusqu’en 1992, 1993, des trucs comme ça, donc il savait quand il allait à Bagdad voir Saddam, il y avait quelqu’un qui racontait. Mais tout ceci doit être dénoncé. Larijani, à la télévision, je l’ai entendu sur France 24, ils ont passé un de ses discours, il a dit : « il n’y a aucune solution par les guerres, il faut faire un dialogue diplomatique », etc., et après, les commentateurs, les journalistes qui ont parlé, ils disaient tout le contraire de ça. Alors c’est incroyable, qu’il y a quelqu’un quand même qui diffuse un texte intéressant de Larijani, qui montre qu’il est intelligent, qu’il est un homme de paix, qu’il veut le dialogue, qu’il ne croit pas à la guerre, et après on discute comme s’il était un grand chef terroriste, c’est lui qui aurait fait tous les assassinats contre les manifestants, etc. C’est pour ça que je dis que c’est important, les médias, de propager un discours vrai, réaliste, une bonne analyse, fondée sur l’histoire, sur les connaissances sociologique, anthropologique, et sur l’analyse des services secrets hein, parce qu’en France on parle rarement des actions du Mossad.

Jihane RAIMBAUD

Une petite remarque. C’est très bien comme idée, effectivement, la seule chose c’est qu’à l’heure actuelle il ne faut pas rêver, parce que les médias ne propagent que ce qu’on leur demande de propager. Tout le monde sait que les médias sont réunis le matin, ils ont un discours qu’il faut tenir, et ils le tiennent. Ils tiennent à leur place donc ils le tiennent. Par la suite, comment réformer, comment faire passer une résolution comme ça ? Elle ne peut être possible qu’avec une réforme profonde du Conseil de sécurité et des Nations Unies. Tout ça doit être remis à plat, et à partir de là remonter quelque chose, pas celui de Trump, mais un véritable organisme, et à ce moment-là effectivement une résolution comme celle-ci peut passer. Mais à l’heure actuelle, vu toutes les catastrophes qui se succèdent les unes aux autres, il n’y a plus seulement les Palestiniens qui sont en dehors de chez eux, il y a les Syriens, il y a les Libanais.

Au Liban, à l’heure actuelle, c’est des millions qu’on est en train de déplacer.

Bernard CORNUT

J’ai lu une phrase d’un sioniste important vers 1930, qui a écrit ça : « nous tenons la presse mondiale, plus rien ne peut nous arriver ». En fait, le mécanisme, c’était à l’époque des sondages, des statistiques, tout ça., ils ont compris que les opinions publiques se font par les gros titres des médias ou du cinéma, et donc si on contrôle les agences de publicité, parce que la plupart des journaux ne peuvent vivre que de la publicité aujourd’hui encore, à part 2-3 qui ont fait l’effort de s’en abstenir, par la publicité, et effectivement les agences de publicité sont contrôlées justement pour ça. Mais il y a d’autres médias maintenant, il y a tous les médias alternatifs, il y a les réseaux sociaux – moi je n’en ai pas parce que j’ai envie de réfléchir, pas avoir des trucs toutes les cinq secondes qui arrivent – le film sera en accès libre dans un mois à peu près, donc il se diffusera, et il y a d’autres gens qui agissent, Francesca Albanese, etc., ce sont des gens qu’on ne peut pas arrêter de parler, donc petit à petit, et je pense qu’effectivement il y a quand même une proportion de la population et des médias dans le monde entier qui comprennent les choses et qui effectivement s’informent donc ailleurs que dans les grands médias. Mais il faut arriver à diffuser de l’information juste, vraie, bien fondée, avec des historiens. Et je vois par exemple sur l’Iran, il y a Raimbaud qui parle, il y a Regnault qui parle, il y a Thierry qui parle, mais c’est peut-être à peine 10 % des gens qui parlent. Les autres, c’est des belles opposantes qui ne sont pas allées en Iran depuis 20 ans. Mais ça progresse, et la réforme des Nations Unies elle suppose d’avoir du Conseil de Sécurité. Donc tant que les Américains ne sont pas d’accord, ou d’autres, ça ne changera pas. Donc c’est pour ça qu’il faut utiliser ceci, et je signale qu’ailleurs que la résolution 2803, passée le 17 novembre, qui est honteuse, dans laquelle l’Algérie a voté, elle l’a bien expliqué – j’ai passé jusqu’à 2h du matin pour écouter tous les débats après résolution, ce qu’on appelle explication de vote – elle n’est pas sous Chapitre VII. Donc en fait, actuellement, Trump, ou sa force internationale de stabilisation n’a aucun droit légitime d’utiliser la force pour désarmer les Palestiniens de Gaza et les civils colons armés illégaux en Cisjordanie.

Donc de toute façon il y aura d’autres résolutions, et c’est vrai que ça ne va pas assez vite, mais c’est vrai que j’ai compris que la France essaie d’avoir une coalition pour ne pas avancer toute seule, parce que si il avance toute seul il se fait taper dessus, on va lui envoyer un tueur, n’importe quoi, donc c’est pour ça que maintenant il y a la déclaration du 24 décembre, la veille de Noël, je doute qu’il y ait beaucoup de gens qui l’aient lue, il y a 14 pays y compris l’Allemagne qui ont parlé du droit à l’autodétermination d’un État palestinien, du peuple palestinien. Et à deux États souverains etc., donc il y a des évolutions, mais effectivement les médias n’en parlent que peu, et le processus est lent, parce qu’il est effectivement risqué face aux manœuvres, dangereuses, de l’État israélien, Likoud. Et si ça dure si longtemps, c’est que le Likoud est parvenu au pouvoir en 1977. En 1981, Begin a fait des manips, il a bombardé l’Irak, le centre de recherche nucléaire civil en Irak, sous des faux prétextes, puisque même le chef de l’escadrille israélienne a refusé de lui serrer la main quand il est venu à la base de Tel Nof, parce qu’il s’est rendu compte, vu les déclarations du CEA, que c’était un mensonge. Mais depuis 1977, à part quelques interruptions, le Likoud – et donc Netanyahou – est au pouvoir, et ils ont des plans, eux, sur 30 ans, sur 40 ans… Quand on lit les documents que vous connaissez sans doute, de 1982. Moi j’ai connu Pisani de très près. Pisani était très proche de Mitterrand, enfin d’abord gaulliste. Quand il était avec De Gaulle, il y avait une visite de Ben Gourion à Paris. Pisani lui-même qui était à côté – il était le ministre de la Culture à l’époque – il m’a dit : « j’ai entendu Ben Gourion dire à De Gaulle : ‘les pays arabes, nous les aurons tous en les prenant un par un’ »… Et après, le plan américain pour le New American Century (PNAC) : détruire 7-8 pays, etc., le plan publié en 1982 sur la stratégie pour Israël dans les années 1980 : comment diviser tous les pays, etc., on le sait, c’est marqué, mais pas assez de gens en parlent. Donc c’est tout, il faut en parler. Pas assez de gens en parlent, n’hésitez pas il n’y a pas peur à avoir.

S.E.M. Michel RAIMBAUD

Moi, je pense qu’il ne faut pas oublier, parce que tout ça c’est un plan, donc un plan de détruire sept États, et c’est suite aux attentats du 11 septembre 2001. Il y a alors eu un plan, c’est le Pentagone, CIA, etc., ça avait été diffusé auprès de responsables du Pentagone qu’il avait été décidé par la Maison Blanche et tous les lobbies qui la soutenaient de détruire sept pays. L’Iran était le dernier en liste, le dernier qui avait résisté jusqu’à présent, les autres sont passés à la casserole les uns après les autres. Et donc l’Iran était le dernier en liste, et donc c’est en cours maintenant. C’est un plan. Un plan comme ça il est mijoté sur deux décennies ou trois décennies. Disons que toute la parlotte, parce que c’est un petit peu les mots de bonne volonté, etc., etc., ça sombre, ça se perd dans le lointain, ça ne sert absolument à rien parce que les gens, ceux qui sont responsables de ce chaos, ils n’en ont rien à fiche.

Bruno DRWESKI, Professeur d’histoire contemporaine et de science politique, maitre de conférences (HDR) à l’INALCO, membre du Conseil scientifique de l’Académie de Géopolitique de Paris

En tant qu’historien, je pense que la politique se fait avec des rapports de force, et que toutes les guerres, tous les États qui se sont constitués après avoir été occupés se sont constitués soit par la guerre, soit par des rapports de force, que ce soit l’Algérie, que ce soit l’Afrique du Sud postapartheid, que ce soit toute la décolonisation, et même en Europe, les États qui sont nés suite à l’effondrement des empires, c’est parce qu’on a fait effondrer les empires. Donc je pense que le réaliste veut dire tout simplement que les Palestiniens ne s’en sortiront pas autrement que par la lutte armée. De la même façon que les Algériens, que les Polonais, que les Vietnamiens, etc. Je pense que soit la lutte armée, soit créer le rapport de force qui fait que l’autre a peur. C’est-à-dire que tant que les puissances comme les États-Unis n’auront pas peur, elles ne céderont rien.

L’autre point, c’est quand même, si on regarde l’opinion israélienne, elle est majoritairement non pas pour la guerre, elle est majoritairement pour le génocide. Donc est-ce qu’on peut demander aux Allemands en 1943 de faire des discussions pour essayer de respecter le droit international ? En 1943, les Allemands étaient nazis. Aujourd’hui les Israéliens juifs sont majoritairement nazis. Et je pense qu’il faut le dire.

Bernard CORNUT

Les sondages en période de guerre, c’est forcément (…), c’est-à-dire que les gens n’osent pas dire ce qu’ils pensent. C’est clair. Moi je me souviens bien de la Guerre du Golfe, les Français et les Anglais étaient majoritairement contre : dès que la guerre a démarré, les sondages montraient qu’ils étaient pour. C’est classique, c’est le biais des sondages.

Raphaël BERLAND, Journaliste

Moi je vais rejoindre Bruno Drweski, c’est-à-dire que si on imagine que l’Allemagne, le Japon ou l’Italie avaient le droit de veto avec un ONU qui existerait pendant la Seconde Guerre mondiale, la solution n’aurait jamais pu venir du Conseil de sécurité. Donc ce qui a fait tomber les nazis, c’est le rapport de force militaire sur le terrain, et ce n’est pas des discussions diplomatiques, malheureusement. Ce qui ne veut pas dire que les discussions diplomatiques ne servent strictement à rien : il faut les continuer, parce que ça permet de dévoiler aux yeux du monde et aux yeux des opinions publiques la duplicité d’Israël, des États-Unis et de leurs alliés. Voilà ce que je pense.

Bernard CORNUT

À l’historien, je dis que c’est Prescott Bush et les banques qui ont financé les nazis, aussi, donc ça il faut le dire. Merci aux historiens de dire l’histoire des rapports de force, mais aussi de l’évolution des opinions publiques. Parce que ça aussi ça bouge.