- Passions religieuses, terre qui portent les trois religions monothéistes ;
- Passions du terroir, terre des Ancêtres ou supposés tels ;
- Passions d’identité politique, de possession, pour un projet politique.
- Le plus dur sera la question des colonies en Cisjordanie ;
- Établissements de relations diplomatiques entre les deux États ;
- Comment réconcilier Israël avec l’Iran?
- Recherche de nouveaux Accords d’Abraham ; les Accords d’Abraham furent annoncés par Trump le 13 août 2020 ;
- Il y a de très nombreux enjeux à prendre en compte, cela ressemble à une équation avec des entrées multiples, un peu comme la matrice de LEONTIEF ;
- Le pari que l’on doit faire est simple si on entame le processus par un point, en l’occurrence la reconnaissance de la Palestine comme État et son entrée à l’ONU, cela peut permettre de tirer le fil de l’écheveau.
- Israël n’a pas réussi à assurer la sécurité de sa population. 2. Le massacre de 1200 personnes, inédit depuis la Seconde Guerre mondiale. 3. Une prise d’otages massive (environ 240 personnes), sans précédent dans la région. 4. La montée de l’antisémitisme avant même la riposte d’Israël. 5. Israël mène une guerre totale à Gaza, une première. 6. Existence de réfugiés des deux côtés : environ 300 000 en Israël et de nombreux déplacés à Gaza. 7. Tirs de Houthis du Yémen, indiquant une implication iranienne. 8. Attaque directe de l’Iran sur Israël avec 300 drones et missiles. 9. Attitude complexe de certains pays arabes, comme l’Égypte et l’Arabie Saoudite. 10. Mobilisation sans précédent dans les universités occidentales contre le conflit. 11. Isolement des Nations Unies et de l’administration Biden. 12. Changement d’attitude de la Russie, moins pro-israélienne. 13. Réactions variées du Sud Global, avec des pays ayant des intérêts économiques et technologiques en Israël.
- La solution à deux États, bien que souhaitée par de nombreux acteurs, semble difficile à réaliser. 2. Une guerre longue, différente des guerres précédentes, susceptible de durer en raison des objectifs ambitieux d’Israël et de l’implication de l’Iran. 3. Une guerre élargie à plusieurs continents, avec une implication accrue de pays étrangers et une escalade des violences.
Quel avenir pour Gaza ?
L’invasion de la bande de Gaza par l’armée israélienne en réplique aux attentats perpétrés par les groupes armés du Hamas le 7 octobre 2023 ont remis sur le devant de la scène d’un conflit vieux de plus de 75 ans qui paraît aujourd’hui plus que jamais sans solution. La question gazaouie et plus globalement de la question israélo-palestinienne conduit nécessairement à s’interroger sur le devenir à long terme de la Bande de Gaza. Contrairement à une idée reçue ce dernier n’est pas écrit d’avance. Plusieurs schémas pourraient à moyen terme, offrir aux habitants de Gaza un avenir fort différent que celui auquel une presse orientée et fataliste a trop souvent tendance à présenter comme inéluctable. La bande de Gaza dispose en effet de plusieurs atouts qui, sous réserve que la politique de destruction engagée par le gouvernement Netanyahou soit définitivement stoppée ou abandonnée, pourraient permettre à ce petit territoire de sortir de la misère et du sous-développement chronique auquel il est condamné depuis près d’un demi-siècle. Levons d’entrée de jeu toute ambiguïté : tous ces scénarii ne pourront naturellement prendre corps qu’à la condition que le blocus est d’autant plus illégal qu’il résulte d’une décision unilatérale prise en dehors de tout cadre légal par un Etat par ailleurs connu pour s’être soustrait depuis 70 ans à toutes les résolutions des Nations Unies adoptées en vue de faire respecter le droit international dans la région. Mais ce blocus est le fruit d’un rapport de force qui peut être changé. Et comme tous les blocus il finira bien un jour par cesser. Plaçons-nous donc dans cette hypothèse et regardons de quels atouts dispose la bande de Gaza. Ceux-ci sont au moins de trois ordres : géographique, économique et énergétique. L’atout géographique de Gaza : bande de terre de 42 km de long s’étalant sans discontinuité le long de la rive sud-est de la Méditerranée, Gaza est située à équidistance du delta du Nil, des monts du Liban et de la partie la plus septentrionale de la mer rouge – soit à l’interface de trois zones hautement stratégiques de l’Afrique, du Proche Orient et de la péninsule arabique. Cette position géographique unique permettrait aisément de faire de Gaza un hub international. La création d’un tel hub n’aurait pas seulement des effets positifs pour l’économie gazaouie et l’insertion de Gaza dans les grands circuits d’échange internationaux ; elle aurait aussi des effets très positifs au plan écologique et sanitaire. La construction d’un aéroport de standing international à Gaza permettrait de fait de désengorger ceux, largement saturés, du Caire, d’Alexandrie et de Beyrouth et de répondre astucieusement à l’augmentation attendue du trafic aérien international dans toute cette région. Au regard du nombre exponentiellement croissant (en regard notamment des touristes venus d’Asie qui de plus en plus nombreux voudront visiter les pyramides d’Egypte, les splendeurs de la vallée du Nil, les temples de la Phénicie ou les théâtres et palais de l’Empire romain Doté de tous les commerces traditionnellement intégrés aux structures aéroportuaires de standing international, l’aéroport de Gaza pourrait alors servir de point de départ au développement de toute la ville de Gaza – à l’image de ce qui est advenu pour l’émirat de Dubaï. Des projets aux atours parfois futuristes ont déjà été conçus en ce sens notamment au Qatar et aux EAU. Dans ces deux pétromonarchies très en pointe dans la préparation de l’après-pétrole, on envisage avec beaucoup de sérieux de mettre sur pied de tels projets. Ce n’est pas un hasard si les autorités qataries proposent, pendant ou au terme de chaque campagne de bombardement israélienne, des plans de financement aux montants colossaux destinés à rebâtir les infrastructures de Gaza sont mis sur la table. Depuis 2006, année du retrait israélien de la bande de Gaza (départ des colons qui occupaient le tiers nord du territoire sur ordre d’Ariel Sharon et de son gouvernement) cette politique de soutien actif ne s’est jamais démentie. Les campagnes successives de 2008, 2010, 2011 et 2012 et 2020 n’ont nullement découragé les intentions du Qatar en ce domaine. Le 23 octobre 2012, quelques semaines après une campagne extrêmement violente ayant engendrée de trés importantes destructions dans Gaza l’émir Tamin ben Hamad Al Thani venait à Gaza, dans le cadre d’une quasi-visite d’Etat avec en poche un plan d’aide de plus de 250 millions de dollars. Etaient notamment prévus, dans le cadre de ce plan : 1) La reconstruction de la route du littoral reliant du nord au sud l’ensemble des localités de la bande de Gaza. 2) La construction d’un hôpital flambant neuf à Han-Yunnes. 3) La construction de 1000 logements dans Gaza city. En 2023, quelques mois seulement après une nouvelle campagne hautement destructrice l’émir al Thani revenait à la charge en proposant encore une aide de 500 millions de dollars pour la reconstruction de Gaza. Désireux de ne pas avoir à réengager éternellement l’émir a assorti sa proposition d’aide et de médiation de conditions strictes dont la première est l’établissement d’un cessez-le feu durable dans la bande de Gaza et le rétablissement d’une pleine liberté de circulation pour le gazaouis. Comme le résume bien le chef de l’UNRWA, Philippe Lazzarini : « Il n’est pas question de se placer simplement dans une logique de reconstruction (…) car cela revient à Sisyphe. Vous construisez, vous détruisez, vous reconstruisez, vous redétruisez. Nous devons avoir une approche globale et de long terme, fondée sur le développement de l’humain. » Le second atout est économique. Il est lié au précédent dans la mesure où il s’appuie également sur les remarquables atouts géographiques de la bande de Gaza. Avec une population jeune, ombreuse et éduquée, Gaza dispose en effet d’atouts essentiels généralement considérés comme des conditions sine qua non du décollage d’un territoire. En jouant sur ces paramètres, et en faisant fond sur son exposition littorale, la bande de Gaza pourrait assez aisément devenir un nouveau centre de développement du tourisme de luxe à l’image de celui qui s’est récemment développé à Dubaï, en Oman ou en Egypte (station balnéaire de Charm el Cheikh). Dotée d’un réseau routier et ferroviaire entièrement rénové et porté aux derniers standards de qualité du moment le ‘air conditionné, vidéosurveillance, permettant un suivi individualisé des voyageurs et une biosurveillance des touristes) la bande de Gaza pourrait avec le temps devenir un centre haut de gamme du tourisme international. Dans la foulée de ces premières activités permettant une accumulation rapide de devises, Gaza pourrait ensuite développer une activité bancaire et financière propre, respectant les critères de la finance islamique mais interconnectée aux autres grands centres de gestion des flux financiers de Dubaï, Doha, Hong-Kong, Shanghai). L’avenir de Gaza est aujourd’hui ouvert à bien des scénarii possibles. Décrire ces scénarii suppose néanmoins de comprendre le jeu des acteurs locaux, de connaître les atouts et les handicaps géographiques de ce territoire et de cerner la nature et l’accessibilité des ressources dont il dispose. Le troisième atout clé est la présence de gaz au large des côtes de Gaza qui n’est pas seulement l’une des zones urbaines les plus densément peuplées au monde. C’est aussi un territoire littoral qui dispose au large de ses côtes de réserves considérables de gaz. Cette ressource abondante et aisément disponible pourra, selon la manière dont elle sera exploitée constituer pour les populations gazaouie constituer une bénédiction ou une malédiction économique. Les réserves estimées des gaz en hydrocarbures de ces fonds marins jusqu’ici peu prospectés et moins encore exploités sont impressionnants. Ils étaient estimés à environ 38 milliards de m3 et une capacité annuelle de production de 1,5 milliards de m3 sur une période de 12 ans. Les investissements pour le développer l’exploitation est d’environ 1,4 milliards de dollars*. Ce champ est situé à 38 km à l’ouest de Gaza et a été développé par British Group en 2000, puis par la Royal Dutch Shell qui l’a quitté en 2018[1]. » Malheureusement les gazaoui ne bénéficient pas pour l’heure de cette richesse pourtant rapidement exploitable. La présence en abondance de cette ressource a attisé les appétits du puissant voisin israélien. Ce dernier, en violation avec toutes les règles de droit relatives aux ressources présentes dans les eaux territoriales et dans les zones relevant de la zone économique exclusive a décidé de s’approprier ces ressources et de les exploiter directement pour son compte. L’invasion militaire de la Bande de Gaza par les forces israéliennes, est de fait en relation directe avec le contrôle et la possession de réserves stratégiques de gaz offshore. Il s’agit d’une guerre de conquête. Découvertes en 2000, d´immenses réserves de gaz gisent au large de la côte de Gaza. Les autorités de la défense israéliennes veulent en effet que les Palestiniens soient payées en biens et en services, et insistent sur le fait qu´aucun argent ne doit aller au gouvernement contrôlé par le Hamas. L’objectif était avant tout de rendre caduc le contrat signé en 1999 sous Yasser Arafat entre BG Group et l’Autorité Palestinienne.***
Les possibilités de sortie de crise et d’engagement dans une logique de développement à long terme de la Bande de Gaza dépendent d’une multitude de facteurs. Il serait en effet vain de croire que le sort des 2 millions de gazaouis peuplant cette bande littorale dépendra du seul bon ou mauvais vouloir des autorités politiques théoriquement en charge de gérer ce territoire : le Hamas. A fortiori si ce dernier, chassé de ses bases et traqué est réduit à se réfugier – chefs militaires en tête – dans d’interminables souterrains. La clé d’une sortie de crise réside en effet tout autant à Washington, Londres ou Doha qu’à Téhéran ou au Caire. Seule la mise en place d’un plan général de paix et de sécurité régional – passant par un rapprochement, sous pression forte et simultanée de Washington de Moscou et de Pékin sur Israël et l’Iran afin que ces deux Etats animés d’une : même obsession millénariste et d’une même prétention à prendre la tête des conflits de civilisation à venir, permettra d’envisager la question gazaouies sous un angle nouveau et enfin réellement constructif. Tant que ces éléments ne seront pas réunis les logiques obsidionales – présentes et à l’œuvre aussi bien en Israël (mythe du petit pays isolé entouré par 400 millions d’arabes hostiles) qu’en Iran (mythe de la vieille puissance perse empêché de retrouver sa gloire passée et sa puissance légitime par une coalition de pays occidentaux et d’Etats sunnites ralliés sous la bannière du « grand Satan américain »– prendront le dessus et feront toujours considérer le territoire de Gaza au choix comme un abcès purulent à éradiquer (selon la terminologie des politiciens extrémistes et des religieux millénaristes qui travaillent en sous-main à la consolidation du gouvernement Netanyahou) – une cinquième colonne enkystée dans le territoire israélien – ou comme un moyen de chantage utile pour dissuader Israël d’attaquer l’Iran (vision iranienne). De ce double jeu pervers, les populations gazaouies sont dans tous les cas les dindons de la farce en même temps que les victimes expiatoires. Mais un tel rapprochement forcé ne pourrait exister qu’à la condition que les deux Etats – comme en 1978 pour l’Iran avec le lâchage du Shah par les Etats-Unis et comme en 1973 avec l’obligation imposée à Israël d’accepter la main tendue par Sadate et d’entrer dans un véritable et sincère processus de négociation avec l’Egypte ‘signature des accords de camp David) permettrait de donner véritablement corps à cette sécurisation régionale. Israël et l’Iran sont deux blocs culturels dont les peuples se connaissent, se côtoient et se fréquentent depuis au moins 2600 ans et qui vivaient sans hostilité réciproque il y a encore 70 ans de cela. En attendant c’est le schéma inverse qui semble s’imposer. En plus d’une nouvelle guerre israélo-palestinienne, prête à se muer en nouvelle guerre israélo-arabe (avec ouverture possible de nouveaux fronts au nord et à l’est et déstabilisation simultanée de la Jordanie, de la Syrie et du Liban) De nouveaux fronts risquent de s’ouvrir bien plus préoccupants pour l’équilibre de la région et la sécurité globale de l’Europe (notamment en termes d’approvisionnements marchands en bien manufacturiers (Asie du Sud Est), pétroliers (Golfe persique) et gaziers (Qatar et EAU).- Au sud avec le Yémen dans le cadre d’une lutte sans fin contre les Outis,
- Au nord avec la Turquie, dans le cadre d’une solidarité frériste d’Erdogan et de l’AKP avec les dirigeants du Hamas et dans le cadre d’une réactivation des vives tensions qui s’étaient déjà faites jour en 2009 entre Israël et la Turquie à propos du blocus de Gaza,
- Au nord-est avec en Syrie dans le contexte d’une guerre civile non réglée et dont les braises sont encore chaudes.
- Mohamed Larbi HAOUAT, Chercheur associé à l’Académie de Géopolitique de Paris.
- Pierre LORRAIN, Journaliste, écrivain indépendant.
