Académie de Géopolitique de Paris Académie de
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Établissement d'enseignement supérieur privé
N°71 — Les religions - Approche géopolitique au niveau mondial 27.03.2026

L’état sous souveraineté communautaire : pluralisme religieux et fragmentation du pouvoir au Liban

Cet article analyse la structuration confessionnelle de l’État libanais à travers une approche historique et institutionnelle. Il montre que le confessionnalisme ne constitue ni une anomalie conjoncturelle ni un simple héritage du passé, mais une matrice durable de l’organisation du pouvoir. Depuis les formules proto-étatiques du xixe siècle jusqu’aux compromis contemporains - Pacte national, accord de Taëf, accord de Doha - l’ordre politique libanais s’est construit autour des communautés religieuses comme unités constitutives de représentation et de négociation. Loin d’absorber les appartenances dans un cadre souverain unificateur, l’État s’est progressivement configuré comme un espace d’équilibre intercommunautaire, transformant la démocratie de consensus en mécanisme de veto et de blocage institutionnel, notamment dans la formation des gouvernements et l’exercice décisionnel. L’analyse met ainsi en évidence une souveraineté fragmentée, distribuée et conditionnée par des équilibres segmentaires, dans laquelle les communautés encadrent l’exercice du pouvoir étatique.

Auteur: Jana NASRALLAH

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Résumé: Cet article analyse la structuration confessionnelle de l’État libanais à travers une approche historique et institutionnelle. Il montre que le confessionnalisme ne constitue ni une anomalie conjoncturelle ni un simple héritage du passé, mais une matrice durable de l’organisation du pouvoir. Depuis les formules proto-étatiques du xixe siècle jusqu’aux compromis contemporains – Pacte national, accord de Taëf, accord de Doha – l’ordre politique libanais s’est construit autour des communautés religieuses comme unités constitutives de représentation et de négociation. Loin d’absorber les appartenances dans un cadre souverain unificateur, l’État s’est progressivement configuré comme un espace d’équilibre intercommunautaire, transformant la démocratie de consensus en mécanisme de veto et de blocage institutionnel, notamment dans la formation des gouvernements et l’exercice décisionnel. L’analyse met ainsi en évidence une souveraineté fragmentée, distribuée et conditionnée par des équilibres segmentaires, dans laquelle les communautés encadrent l’exercice du pouvoir étatique.

Mots-clés: Accord de Doha, Accord de Taëf, Blocage institutionnel, Communautés religieuses, Confessionnalisme politique, Démocratie consociationnelle, État segmentaire, Liban, Pacte national, Partage du pouvoir, Souveraineté fragmentée.

Abstract: This article analyzes the confessional structure of the Lebanese state through a historical and institutional lens. It demonstrates that confessionalism is neither a temporary anomaly nor a mere legacy of the past, but rather an enduring matrix of power organization. From the protostate formulas of the 19th century to contemporary compromises-the National Pact, the Taif Agreement, and the Doha Agreement-the Lebanese political order has been built around religious communities as constitutive units of representation and negotiation. Far from absorbing affiliations into a unifying sovereign framework, the state has progressively configured itself as a space of intercommunal equilibrium, transforming consensus-based democracy into a mechanism of veto and institutional obstruction, particularly in the formation of governments and decision-making processes. The analysis thus highlights a fragmented sovereignty, distributed and conditioned by segmentary balances, in which communities frame the exercise of state power.

Keywords: Doha Agreement, Taif Agreement, Institutional deadlock, Religious communities, Political confessionalism, Consociational democracy, Segmental state, Lebanon, National Pact, Power sharing, Fragmented sovereignty.