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N°71 — Les religions - Approche géopolitique au niveau mondial 27.03.2026

La reconfiguration du religieux en Arabie saoudite sous Mohammed Ben Salmane – Entre modernisation encadrée, recentralisation du pouvoir symbolique et recomposition du soft power islamique

Depuis 2016, l’Arabie saoudite connaît une transformation profonde de son rapport au religieux, portée par les réformes engagées sous l’autorité du prince héritier Mohammed ben Salmane. Présentées officiellement comme un « retour à un islam modéré », ces évolutions ont été interprétées soit comme une libéralisation religieuse, soit comme une stratégie de communication sans transformation structurelle. Cet article propose de dépasser cette alternative en mobilisant le concept de reconfiguration du religieux. Il soutient que les réformes observées relèvent moins d’une sécularisation que d’une recentralisation de l’autorité normative et symbolique au profit de l’État. L’analyse porte sur les recompositions institutionnelles, la redéfinition du rôle des hadiths, la réforme de l’éducation religieuse et l’essor du secteur du divertissement comme nouveaux lieux d’énonciation de la norme. À partir d’un corpus croisant sources académiques et analyses journalistiques arabes et occidentales, l’article met en lumière les tensions internes de ce projet, ouverture sociale sélective, contrôle politique renforcé, adhésion générationnelle différenciée, notamment chez les femmes, et en discute les implications régionales et internationales en matière de soft power religieux et de gouvernance centralisée.

Auteur: Aïssa BOUKANOUN

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Résumé: Depuis 2016, l’Arabie saoudite connaît une transformation profonde de son rapport au religieux, portée par les réformes engagées sous l’autorité du prince héritier Mohammed ben Salmane. Présentées officiellement comme un « retour à un islam modéré », ces évolutions ont été interprétées soit comme une libéralisation religieuse, soit comme une stratégie de communication sans transformation structurelle. Cet article propose de dépasser cette alternative en mobilisant le concept de reconfiguration du religieux. Il soutient que les réformes observées relèvent moins d’une sécularisation que d’une recentralisation de l’autorité normative et symbolique au profit de l’État. L’analyse porte sur les recompositions institutionnelles, la redéfinition du rôle des hadiths, la réforme de l’éducation religieuse et l’essor du secteur du divertissement comme nouveaux lieux d’énonciation de la norme. À partir d’un corpus croisant sources académiques et analyses journalistiques arabes et occidentales, l’article met en lumière les tensions internes de ce projet, ouverture sociale sélective, contrôle politique renforcé, adhésion générationnelle différenciée, notamment chez les femmes, et en discute les implications régionales et internationales en matière de soft power religieux et de gouvernance centralisée.

Mots-clés: Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, Islam d’État, Réforme religieuse, Vision 2030, Pouvoir politique, Soft power religieux, Femmes et religion, Gouvernance centralisée.

Abstract: Since 2016, Saudi Arabia has undergone a profound transformation in its relationship to religion, driven by reforms initiated under the authority of Crown Prince Mohammed bin Salman. Officially framed as a “return to moderate Islam,” these changes have often been interpreted either as religious liberalization or as political rebranding without structural transformation. This article moves beyond that dichotomy by conceptualizing the process as a reconfiguration of religion under state control. It argues that the reforms reflect not secularization, but a recentralization of normative and symbolic authority in the hands of the state. The analysis examines institutional restructuring, the redefinition of the role of hadiths, reforms in religious education, and the expansion of the entertainment sector as new sites of norm production. Drawing on academic literature as well as Arabic and Western journalistic sources, the article highlights internal tensions – selective social openness, strengthened political control, and differentiated generational support, particularly among women – and assesses the regional and international implications of this reconfigured model in terms of religious soft power and centralized governance.

Keywords: Saudi Arabia, Mohammed bin Salman, State Islam, Religious reform, Vision 2030, Political authority, Religious soft power, Women and reform, Centralized governance.